Les deux piliers de la communication interpersonnelle

A) L’empathie (tourné vers l’autre, versant extérieur de la communication)

Empathie : la plus ou moins grande capacité que nous avons à nous mettre à la place d’autrui. Sans elle, la communication est difficile. La résonance intérieure de ce que l’autre exprime nous permet de comprendre ce qu’il peut ressentir et penser.

Le niveau d’empathie accordé à l’autre dépend-il du niveau de convergence ressenti ?

  • Convergence des affinités (de l’attirance qui crée la relation à la répulsion qui l’empêche ou la rompt) → affinités à travers le style vestimentaire, à-priori sur les gens…
  • Convergence des sentiments (de l’ouverture, la sympathie, l’amour à l’antipathie, la haine)
  • Convergence des opinions (de l’accord à la discorde)
  • Convergence des intérêts (de la coopération à la compétition qui crée la distance)

Qu’est-ce qu’il fait, s’il y a simplement convergence des intérêts, que mon niveau d’empathie augmente ? L’empathie n’est-elle pas en fait, dans ce cas, de l’hypocrisie ?

Est-ce que faire preuve d’empathie envers l’autre suppose toujours d’être sincère et vrai ?

Le niveau d’empathie est très variable en fonction des niveaux de convergence, mais aussi en fonction de la personnalité des individus : nous n’avons pas tous le même niveau d’aptitude en matière d’écoute, de bienveillance. Tout le monde n’est pas ni l’Abbé Pierre, ni un dictateur : il y a un milieu entre les deux, et des milliers de nuances.

B) La congruence (tourné vers moi-même, versant intérieur de la communication)

Congruence : l’adaptation à ce que l’on ressent, la conscience qu’on en a, et la façon dont on l’exprime. Exemples : accusation injuste, colère. Pour être congruent, il faut savoir s’accorder à soi-même la bienveillance que j’accorde à l’autre. L’idée de congruence pourrait être synonyme de l’expression « être fidèle à ce que je ressens ».

Empathie et congruence sont donc les conditions indispensables d’une bonne communication et d’une bonne relation avec autrui.

Les mécanismes de la communication interpersonnelle

A) L’anticipation

Anticipation : c’est le fait qu’avant de s’exprimer, l’individu opère, plus ou moins consciemment, une analyse de ce qu’il va dire, de comment il va le dire et ce que l’autre va dire en réaction. Elle se met en place en fonction de l’expérience antérieure (préparation), de la perception de la situation (nous conduit simplement à faire preuve d’empathie, ce qui va me faire modifier mon comportement et ce que je dis : adaptation) et de la représentation qu’on se fait d’une situation (adaptation).

Est-ce qu’anticiper, ce n’est pas se priver (volontairement) de la spontanéité nécessaire au déroulement d’une situation de communication ?

Objectif : comprendre qu’il faut anticiper les réactions.

B) L’interprétation

Interprétation : c’est l’ensemble des mécanismes de déduction et de construction du sens à partir d’indices explicites ou implicites contenus dans le message et d’une grille d’interprétation propre au récepteur. Les indices sont donnés, explicitement ou implicitement, par le locuteur.

Le mécanisme de l’interprétation va s’organiser autour de deux pôles différents : les représentations partagées, mais aussi de ce qui fait peur, des désirs, des attentes, des intérêts de chacun.

Objectif : comprendre qu’on entend, ce qu’on veut entendre ou ce qu’on a peur d’entendre. Les représentations partagées baissent les malentendus et les interprétations, contrairement à l’autre pôle qui, lui, va les augmenter.

C) Le compromis : la communication effective

Compromis entre le dit et le non-dit : il peut y avoir conflit entre une force qui pousse à l’expression (motivation, intérêt, intention) et une force qui tend à la réprimer/contrôler/modifier (peur, inhibition, précaution).

La communication effective, parole ou silence, apparaît donc comme un compromis entre ces deux forces.

Compromis dans l’expression de soi : distinction entre le soi social et le soi intime :

Soi social : aspects extérieurs offerts au regard public et social. Constitué par l’apparence et les comportements. S’offre sous forme de « façade » perçue ou jugée.

Soi intime : aspects intérieurs invisibles aux autres. Quelques aspects filtrent à travers nos émotions, nos mots, nos gestes…

Nous n’avons qu’une idée confuse de notre soi social. Nous ne le percevons qu’à travers le miroir qu’est l’autre. Il y a souvent une barrière entre le soi social et le soi intime. La révélation de soi aux autres est l’objet d’un calcul stratégique.

Si on ne perçoit le soi social qu’à travers le regard des autres, faut-il alors considérer qu’on joue un rôle qu’on ne maîtrise pas vraiment soi-même ?

D) Le « rôle »

Le comportement attendu en public n’est pas celui que l’on peut adopter chez soi, ou dans sa voiture. On adopte, on investit une image de soi en fonction du public présent et des règles prescrites. On dira que les rôles sont modélisés car les conduites attendues sont normalisées.

Intuition de Goffman : la vie quotidienne est un théâtre → nous jouons un rôle dès lors que nous sommes sous le regard des autres.

Objectif : réaliser une ethnographie de la vie quotidienne.

Matière observée : rencontres fortuites, échanges de paroles, regards, mimiques, actions et réactions, ect…

Outils utilisés : vocabulaire dramaturgique (scène, rôle, acteur, ect…)

Un ouvrage : La mise en scène de la vie quotidienne, la présentation de soi.

            Les individus sont toujours en quête d’information sur leurs interlocuteurs. Cela leur permet d’adopter l’attitude idéale dans un échange. Ils établissent un rapprochement entre ce nouvel individu et un stéréotype déjà constitué ou l’évaluent en fonction d’une expérience passée.

Les enjeux territoriaux :

Lorsqu’on s’engage dans une communication, on autorise tacitement l’autre à se rapprocher psychologiquement et physiquement.

Communication et émotions

Communiquer est une activité physique (gestuelle, expression corporelle…).

L’émotion est une dimension essentielle de la vie relationnelle. Elle exprime les mouvements d’attraction, de répulsion, de plaisir, de tension, de sécurité, de peur, d’ennui… que suscite la communication interpersonnelle.

A) Un cerveau mais des émotions

Les émotions font partie de l’outillage dont le comportement humain dispose. Elles alimentent nos comportements au même titre que la logique, la mémoire, la pensée… Ce sont des états intérieurs construits à l’aide de notre perception sensorielle et des informations décodées.

Rien n’est possible sans émotion, pas même penser !

On ne peut pas choisir les émotions, mais on peut les prévoir, et donc apprendre à les gérer pour mieux les assumer. Nous fuyons les émotions négatives ou nous les ignorons ; nous recherchons les émotions positives ou essayons de les prolonger. Beaucoup d’individus voudraient supprimer leurs émotions par le recours à l’intellect : erreur !

Exemple de la colère : c’est un signal (d’un manque, d’un mal-être, de quelque chose qui dérange…). C’est un recruteur d’énergie. Exprimer sa colère ne signifie pas « tout casser » mais seulement « la faire sortir ». Si je « casse tout », l’énergie est perdue. Si je comprends l’origine de ma colère, je peux alors essayer d’utiliser l’énergie qu’elle produit. La colère, c’est le sentiment que j’arrive à nommer ; l’émotion que je ressens est de l’ordre de la violence.

B) Le déclenchement de l’émotion

L’émotion dépend de la situation, de l’interlocuteur et du message.

Les émotions sont des mouvements naturels de la vie intérieure. Les comprendre, savoir s’en servir, c’est augmenter son intelligence émotionnelle. Ne pas avoir les mots pour les exprimer ne veut pas dire qu’elles sont absentes. Beaucoup d’individus les vivent comme des obstacles (perte de contrôle, manque de rationalité). C’est pour cela qu’il faut apprendre à les identifier, pour les nommer.

C) Les supports de l’émotion

  • La voix
  • Les mimiques faciales
  • Les postures corporelles
  • Les gestes
  • Les manifestations neurovégétatives (mains moites, pleurs…)

D) Les résistances à l’émotion

Stratégie de répression et d’inhibition de l’expression corporelle : voix sans ton, rigidité corporelle, regard vide…

Stratégie d’évitement et de fuite : se détourner des situations qui pourraient provoquer une réaction.

Stratégie de dérivation : canaliser les manifestations émotionnelles par les activités motrices (remuer les mains, balancement du corps, manipulation d’objets).

Stratégie de dissociation : séparer les réactions émotionnelles et l’expression verbale par la rationalisation ou l’intellectualisation.

Stratégie de masquage : dissimulation des réactions émotionnelles par des manifestations inverses (rire pour l’embarras, indifférence pour la peine…).

En d’autres termes : il n’est pas toujours facile de bien s’entendre avec les gens de notre entourage, même lorsque nous sommes bien intentionnés. L’établissement de rapports humains harmonieux exige la maîtrise d’habiletés relationnelles et communicationnelles appropriées. La dynamique des relations interpersonnelles s’avère d’autant plus ardue dans les cas où l’individu se voit contraint d’échanger avec des gens affichant des personnalités incompatibles, difficiles, ou carrément pathologiques.

Les dysfonctionnements de la communication

  • le stéréotypage : jugement à partir de la catégorie à laquelle appartient l’interlocuteur
  • l’étiquetage : généralisation d’un trait de personnalité suite à une action ponctuelle
  • la polarisation : adoption de classifications binaires avec un langage systématique en termes extrêmes qui ne rend pas compte de la nuance.
  • l’omission : c’est le meilleur (de quoi, de qui)
  • la distorsion : il m’a fait des reproches, donc il me déteste
  • la généralisation : « personne ne fait jamais rien ici ! »